| OSS 117, Le Caire nid d'espions |
|
|
| Written by Book Reviews | |
|
Égypte, 1955, le Caire est un véritable nid d'espions. Le film frappe immédiatement par la netteté de ses choix techniques, tout un arsenal mobilisé pour retrouver l'impression des films d'époque : pellicule, focales, éclairages, trucages, décors. Ambiance exotisme de pacotille et chic toc, phrasé des comédiens modulé selon le rythme des doublages estampillés 50's, casting de méchants d'opérette, etc. Davantage qu'un soin apporté à la réalisation, c'est l'ambition post-moderne du film qui impressionne. Cette manière de refaire sans parodier ni copier. Soit la méthode opposée à celle d'un Austin Powers, par ailleurs délicieux. Seul un décalage nourrit la mise en scène, entre le perfectionnisme de la reconstitution d'une ambiance et l'actualité de ses moyens à l'époque d'un cinéma conscient de son âge et qui ne cesse de relire son histoire. Il ne s'agit pas de " faire comme ", ni de pasticher, mais de produire une authenticité que l'on sait factice, et de travailler la matière du cinéma comme un tout structuré par des paradigmes acquis de longue date. Ambition forte, exécutée avec une fraîcheur ravissante, et qui rejoint des horizons lointains, ceux de l'art contemporain par exemple -OSS 117 c'est du Pierre Huyghes dans votre Multiplex. Là où le film est très fort, c'est aussi dans le portrait qu'il dresse de cette France coloniale qui se croit chez elle partout, persuadée de son désormais célèbre " rôle positif ", aussi prévenante que ferme vis-à-vis des fourbes autochtones qu'elle mate. Il distribue des photos de René Coty aux Egyptiens, pense apprendre l'arabe en une soirée, fait taire le muezzin qui le réveille chaque matin et tape sur l'épaule d'un dignitaire local en lui assurant que la France s'occupe bien de ses enfants d'Outre-mer : OSS 117 est plus bête que méchant, mais le film parvient à tenir debout sans jamais le moquer ce personnage ignare, raciste, misogyne, homophobe et rempli de la condescendance des colons. De la part du film, nulle complicité bien sûr avec cette incarnation de l'époque, qui s'évite à tout instant le ridicule. Et faire rire de cela (disons-le enfin, le film est très drôle), aujourd'hui, n'est pas un mince exploit. Ce n'est pas le seul de cet objet excentrique, la belle surprise d'un gras cinéma français dont on n'attendait plus grand chose. Trackback(0)
Comments
(0)
|
| < Prev |
|---|


